« Nous avons décidé de tenir annuellement la foire pour satisfaire la demande de plusieurs exposants à l’image des autres grandes foires Africaines ». Ces propos de M. Souleymane Baidy Ndiaye laissent dubitatifs quiconque connait un peu le Centre International du Commerce Extérieur du Sénégal.
Fondé en 1986, par la fusion du Centre Sénégalais du Commerce Extérieur (CSCE) et de la Société de la Foire Internationale de Dakar (SOFIDAK), le Centre International du Commerce Extérieur avait pour double mission : la promotion des exportations pour contribuer à la résorption du déficit chronique, depuis les indépendances, de notre balance des paiements et d’organiser tous les deux ans la Foire Internationale de Dakar, qui devait être à la fois une vitrine de notre industrie et un lieu d’échanges et de mise en relation d’affaires. Cette fusion répondait au besoin de rationalisation et d’efficience dans la mise en œuvre des moyens de l’Etat pour l’importante mission que constitue la recherche d’une balance des paiements excédentaires, dans la pure orthodoxie de la vision Colbertienne de l’économie, de Jean Baptiste Colbert, ministre de l’économie de Louis XIV. Aussi bien le CSCE que la SOFIDAK ont connu leurs heures de gloire, on peut même en concéder au CICES ; seulement cette dernière a pendant très longtemps, dormi sur ses lauriers, s’il en est. A telle enseigne que l’entreprise est devenue une coquille vide, pour ce qui concerne la promotion des exportations, une activité qui finalement fut résumée en des voyages tous frais payés des cadres qui partaient en villégiature et la FIDAK, ayant perdu de son lustre, est devenue un gigantesque « louma » (marché hebdomadaire), malgré les discours, statistiques et autres présentations des Directeurs Généraux successifs depuis feu Ibrahima Diagne. Pendant très longtemps, le recrutement des ressources humaines n’a pas répondu à la double exigence de compétence et d’adéquation entre le poste et le profil. Ce défaut de compétences n’a pas hélas permis à l’entreprise d’évoluer et de s’adapter aux exigences de son environnement professionnel. En vérité, les partenaires prestigieux, tels que la coopération Française, certains pays Européens ont déserté le CICES. Cette défection était encore supportable, pour autant que le Conseil Sénégalais des Chargeurs (COSEC) continuât de verser sa subvention de 600 cent millions. Or donc, depuis le milieu des années 2000, le COSEC a arrêté de verser cette subvention. L’Etat ayant noté les difficultés de la structure à assumer avec succès sa mission de promotion des exportations, lui à retirer cette charge, pour mettre en place l’Association pour la Promotion des Exportations du Sénégal (ASEPEX), en application de la recommandation contenue dans le document de la Stratégie de développement des Exportations (STRADEX) fruit d’une longue concertation entre l’Etat, les acteurs et les partenaires au développement, sous le magistère de Mme Aïcha Pouye Agne au ministère du commerce. Ce qui fait que le CICES amputé de cette mission, ne fait plus qu’organiser la seule FIDAK, la foire Afro-arabe et le salon de la santé et du matériel médical. L’appellation CICES n’est plus en phase avec l’activité de la société, puisqu’elle fait plus dans la promotion du commerce extérieur, de par le soustrait de la promotion des exportations au nombre de ses missions. Il s’y ajoute que le manque de dynamisme, de créativité, et d’innovation de l’entreprise, a ouvert des brèches ou l’initiative privée est venue douillettement s’engouffrer, pour créer des sociétés privées d’organisation de foires et salons, comme la SENCOMANE, de Boubacar Samb, un ex cadre du CICES. Le CICES est redevenu dans ses attributions et la réalité de ses produits, ce qu’était l’ancienne SOFIDAK. C’est dans cette contextualisation qu’il faut placer l’idée d’annualisation de la FIDAK. Une décision managériale qui peut poser un problème de pertinence. Les grandes entreprises Européennes préparent leur participation à de tels événements pendant un an au moins, fréquentent presque toutes les grandes foires du monde, malgré les coûts élevés, et donc faire la FIDAK devenu moins attractive, considérée comme un grand « louma », et envahie par le secteur informel, qui va occuper presque deux tiers des espaces d’exposition de la très prochaine édition, est simplement une vue de l’esprit. Joints par téléphone, le chef comptable et le Directeur Administratif et Financier ont tous deux cité les exemples de grandes foires annuelles, comme celle de l’Algérie, pour justifier le bienfondé de l’annualisation de la FIDAK.
AMADOU LY
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