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BIRAHIM NDIAYE, PRÉSIDENT ÉCURIE SAKU XAM-XAM : « Il faut absolument éradiquer, les « xons » de l’arène »

Publié le 20 août 2011 à 00h39

Aux Parcelles Assainies, dans la ruelle sablonneuse (22-04) s’est nichée la maison d’un ancien lutteur au franc-parler reconnu. Chef de file d’une écurie basée dans le même quartier, Birahim Ndiaye est catégorique sur le sujet qui fait la Une des débats aujourd’hui dans l’arène. Usant des versets de Coran, Père Birahim - ainsi l’appellent ses lutteurs - soutient mordicus que ces pratiques sont formellement interdites par la religion monothéiste du Prophète Mouhamed (Psl). Cet ancien talibé, passionné de lutte, prône même l’interdiction des « xons » dans le milieu ». Drapé d’un grand boubou Jallabé bleu foncé, assorti d’un bonnet blanc, avec des lunettes qui dissimulent des yeux froncés dus au poids de l’âge, Birahim Ndiaye est à cœur ouvert avec nous, sur une pratique qui hante les plus superstitieux de la lutte avec frappe.

L’Office : Qui est cet ancien lutteur aujourd’hui chef d’écurie ?

Birahim Ndiaye : Je suis un talibé, qui a toujours eu la passion de la lutte. Je m’amusais beaucoup dans la lutte. Mon statut de lutteur n’a pas surpris mes proches et mes promotionnaires. Eux tous disent que je ne pouvais pas ne pas être lutteur. Tellement, j’aimais cette discipline. C’est un don chez moi.

Est-ce que Birahim Ndiaye est issu d’une famille de lutteurs ?

Mes proches parents ne luttaient pas. Sauf que du côté paternel, certains le faisaient. Je peux parler d’un cousin qui s’appelle Modou Gaye Sy dit Boy bankhass. Il y avait un autre, également, Modou Fall, qu’on appelait Fall Gabardine. Du côté maternel, personne ne luttait. Sinon, mon père était gendarme à Colobane (quartier populaire de Dakar). J’étais doué en lutte. Mais je dois dire qu’aussi, un nommé Mbita Ndiaye m’a beaucoup appris. On luttait un jour, et je l’ai terrassé. Ainsi, il a accepté de m’aider. Il fut un fin technicien…(L’air nostalgique).

Quel a été votre cachet le plus élevé dans l’arène ?

C’est 1 million 200 mille, ou 1 million 800 mille. Si mes souvenirs sont bons. À l’époque, c’était beaucoup d’argent. La vie n’était pas chère. Si je vous disais que j’ai acheté ma maison à 200 mille Francs (Ndlr, il fait allusion au prix du terrain). Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’argent. Parce qu’il y a des sponsors.

Birahim Ndiaye, on nous a soufflé aussi que vous maîtrisez le Coran, ainsi que vos enfants ; êtes-vous d’une famille maraboutique ?

Si maîtriser le Coran, c’est savoir le réciter du début à la fin, je dirais non, je ne suis pas « Haafis » (Ndlr, Maîtriser le Coran). Mais je dois dire que je suis un arabisant. Imam Mbaye Niang est mon promotionnaire. Je m’y connais un peu… Et mes enfants sont tous des « Haafis ». J’ai deux enfants qui maîtrisent le Coran, dont une fille que je viens de donner en mariage récemment. C’est Imam Alioune Sall qui a scellé le mariage. Je me rachète en quelque sorte sur eux. Je regrette aujourd’hui de ne pas maîtriser le Saint Coran.

Que pensez- vous de l’usage excessif des « xons » par les lutteurs dans l’arène ?

Je ne dirais pas qu’il ne faut pas y croire. Mais ce n’est pas l’essentiel. En matière de lutte, je l’ai toujours dit, il faut être courageux, avoir une bonne technique et une bonne condition physique. C’est pour dire qu’il y a des préalables à maîtriser. Les xons ne sont pas aussi importants que ça. Nous sommes nombreux, nous, les anciens lutteurs. Nous connaissons beaucoup de choses en matière de lutte. Si les xons étaient aussi extraordinaires qu’on nous pense, nos fils seraient tous des champions dans la lutte avec frappe. Il y a certes des champions, fils de lutteur, mais ils ne sont pas nombreux. Les lutteurs ne cherchent que de l’argent, aujourd’hui. Ils n’ont plus l’amour de la discipline.

Arabisant que vous êtes, soutenez-vous comme d’aucuns le font, que ces pratiques sont interdites par la religion musulmane ?

Absolument. C’est formellement interdit. Ce qu’on fait dans la lutte, c’est carrément « Haram » (banni par la religion, Ndlr). On ne doit pas le faire.

Le pratiquiez-vous en votre temps ?

Je ne porte pas des amulettes. Je ne prends que les « safaras » (eau bénite). Chez nous non plus, personne ne fait cela. Je conseille toujours aux lutteurs de solliciter les prières de leurs parents. Beaucoup de lutteurs ont des problèmes, parce qu’ils négligent cela. Alors que c’est très important. Et aussi, « dagnou lekk Akh ». Wala gnou woré. (Ils sont ingrats. Ils trahissent parfois ce qui les aidait pendant la période des vaches maigres). Cela est grave. (Il récite un verset pour étoffer son argumentaire). On oublie souvent la religion, parce qu’il y a trop d’argent aujourd’hui dans la lutte. C’est dangereux pour des musulmans. Dans l’arène, il y a plus de mauvaises choses maintenant. C’est « haraam ». Je suis désolé, mais c’est la réalité. Si vous regardez, les comportements des lutteurs : leurs « Ngimbs » laissent apparaître leurs parties intimes. Surtout avec les filles qui s’y mêlent, cela devient plus dangereux. On ne peut plus rien faire, vu l’ampleur de la lutte au Sénégal. Mais, il ne faut pas qu’on le cautionne. Le combat Zoss-Gouygui, la dernière fois, en est la preuve. Le Ngimb de Zoss qui s’est dénoué… (Il ne termine pas la phrase). À cela s’ajoutent les écritures coraniques qu’ils usent d’une manière dérisoire. Ce sont des versets d’un livre sacré (Tout à coup, deux enfants entrent et nous interrompent. Il nous les présente. L’un, Seydina, trois ans, nous récite deux sourates du Saint Coran. Le visage radieux, le Papa, ancien lutteur, laisse un sourire, et caresse la tête du petit enfant très frêle. Précisant qu’il est au Jardin d’enfant). Vraiment, ce qu’ils font (les lutteurs), c’est du « xërëm » (le mysticisme). Cela ne fait pas d’eux des champions.

Pourtant, aujourd’hui, le roi des arènes, Yahya Diop Yékini, y croit, et dit à qui veut l’entendre qu’il va continuer à en user ?

Mais lui, Mbër kamil lah, (c’est un vrai lutteur). Il lutte mieux que tout le monde. Il a des failles certes que je vais taire. Mais cela, les lutteurs ne savent pas les exploiter.

Qu’en est-il de l’argent qu’on y gagne ?

Je ne saurais dire que c’est interdit par notre religion. Il faut demander cela à ceux qui sont plus calés que mois dans la religion. Comme Alioune Sall, il peut vous en dire plus. Moi, franchement, je ne veux plus rien de la lutte. Si j’y reste, c’est malgré moi. Aujourd’hui. Il y a beaucoup de méchanceté et d’ingratitude. Et vous remarquez une chose ? Tout ce qui use le plus des « xons », souvent, subissent des chutes spectaculaires, extraordinaires. Vous avez vu Gouy gui. Lors de son dernier combat, il a changé.

Birahim Ndiaye, pour être clair, êtes-vous pour ou contre l’interdiction des xons dans l’arène ?

Oui. Sinon, il faut les réglementer. Car, ce qui se passe dans l’arène est vraiment dangereux, à mon avis. Pourtant, dans les championnats olympiques auxquels nos lutteurs participent, les xons sont interdits. Bon, ce sera vraiment difficile, puisque c’est ancré dans nos cultures. Mais je pense qu’on devrait en diminuer la pratique, au moins. Vous savez, j’en ai fait l’expérience dans mon écurie, avec Sonatel, lors de son dernier combat en Mbapatts, (lutte traditionnelle). J’ai dit à Sonatel d’aller acheter un sac de riz pour ses parents. Ces derniers ont prié pour lui. Il affronte son adversaire, il gagne le combat. Après, il vient me dire, père, « yombou nadé » (ça a été très facile et très rapide). Il n’en revenait pas. Voilà !

Avez-vous des appréhensions sur l’avenir de ce sport bien de chez-nous ?

La lutte n’a pas un grand avenir. Raison pour laquelle, j’ai toujours conseillé aux lutteurs d’avoir un métier. Si la lutte a une grande ampleur, c’est parce qu’il y a de gros cachets. Mais qu’on sache une chose. Ces gros cachets sont du ressort des sponsors. Je ne le souhaite pas, mais si ces derniers se retirent, la lutte va chuter. À cela s’ajoute, je l’ai dit tout à l’heure, l’injustice. La lutte est un jeu de Satan. Il y a beaucoup d’injustice, de méchanceté et d’ingratitude. Déjà, vous avez entendu Pape Abdou Fall, la fois dernière, qui annonçait son départ. Il s’est découragé, certainement. En tout cas, il a menacé de quitter.

Entretien réalisé par Amadou Ahmeth Seck

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