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GASPILLAGES DANS LES CÉRÉMONIES FAMILIALES À ZIGUINCHOR : Les funérailles plus onéreuses que mariages et baptêmes

Publié le 22 novembre 2012 à 05h00

Les familles éplorées, qui ont perdu l’un des leurs, souffrent doublement à Ziguinchor. Hormis, la douleur d’avoir perdu un proche, la famille encore sous le choc fait face à une autre épreuve. Tenir un réfectoire à ciel ouvert pour nourrir les personnes venues présenter leurs condoléances.

A Ziguinchor, perdre un proche est synonymes de dépenses faramineuses. A longueur de journée, la maison funéraire ne désemplit pas de personnes venues présentées leurs condoléances. Mais très souvent, elles y passent trois ou une dizaine de jour au frais de la famille endeuillée. Et, chaque jour, ce sont des dizaines de kilogrammes de riz qui sont préparés, sans compter le ruineux petit-déjeuner avec l’achat de pain, sucre et lait. Une situation qui cause d’énormes difficultés à la famille éplorée qui, à cause de l’hypocrisie sociale ambiante, ne peut se plaindre. « Ce n’était pas du tout facile pour moi, lorsque j’ai perdu mon père, il ya de cela quelques années. J’ai dépensé plus de 800 mille francs Cfa pour le déjeuner et le diner. Et, c’est devenu une obligation. On est obligé de le faire, sinon notre image sera à jamais écornée », explique Alpha Diallo, habitant un quartier périphérique de Ziguinchor. « Je me rappelle avant qu’on n’enterre mon père, une femme est venue me demander de l’argent pour préparer le déjeuner pour les étrangers, alors que mon père n’était même pas mis sous terre. D’autres me demandaient l’argent pour la location des bâches et des chaises », se souvient avec amertume M. Diallo. Selon notre interlocuteur, les décès sont devenus pour un bon nombre de Sénégalais l’occasion de faire « la fête ».

Quand les morts ruinent les vivants

Une fête rythmée de mets bien assaisonnés. Et même après l’inhumation, beaucoup s’installent dans la maison funéraire jusqu’au quarantième jour du décès pour les familles musulmanes. Aminata, se souvient du rappel à Dieu de sa mère. « Je suis la seule qui travaille dans ma famille. Avec mon petit commerce, je m’occupais de tout le monde. Et, j’épargnais de l’argent dans une institution financière de la place. Mais, lors des funérailles de ma mère, j’ai vidé mon compte. Et, finalement, je me suis endettée pour pouvoir donner la dépense quotidienne », a-t-il dit. A en croire, Aminata, les cérémonies funéraires, ne sont que sources des gaspillages. « A mon avis, ce qui est recommandé par notre religion, l’Islam, c’est d’organiser une séance de lecture du Saint Coran le septième jour du décès. Et le reste, ce ne sont que mondanités », souligne-t-elle.

La tradition au dessus de la foi

Cependant la façon de faire des funérailles n’est pas la même selon les ethnies, même si elles pratiquent la même religion. Par exemple, chez les Mandingue, Diola, Sarakholé et autres, la pratique reste la même, quoi qu’il y ait des variantes. C’est l’occasion de vider les coffres-forts du premier jusqu’au quarantième ou centième jour du décès. Chaque jour, ce sont des dizaines de kilogrammes de riz qui sont préparés et la cuisine ne connait aucun répit. « La mort est inévitable. Mais, la façon de faire des Sénégalais toutes ethnies confondues laissent à désirer. Trop d’argent est dépensé pour rien, parce que ce sont des actes qui ne servent à rien au défunt. Et le Tout-Puissant ne récompense pas ces actes. Peut être, c’est juste pour assurer la nourriture des parents venus de loin », précise Ousmane, un maitre coranique. « Les gens se fatiguent. Le premier jour suffit pour prier et lire le Coran pour le repos de l’âme du défunt. Et, la pratique est la même chez les « ibadourahmanes ». Ils limitent tout le même jour. C’est ça qui est recommandé par la religion musulmane », ajoute-t-il ce maître coranique. Célébrer les funérailles, exige une fortune suivant certaines ethnies, c’est le cas des Mancagne animistes. Les fils du défunt ou de la défunte sont obligés d’immoler des bœufs, le temps que va durer la cérémonie funéraire qui prend des semaines. Et ces victuailles sont arrosées de centaines de litres de vin de palme et d’autres boissons alcoolisées. Et, c’est une obligation, une contrainte léguée par les aïeux. « Je suis de l’ethnie Mancagne de la Casamance. Il faut avoir beaucoup d’argent pour pouvoir honorer sa famille si un de ses membres décède. Faute de quoi, l’on risque de subir la colère des génies ou mourir. C’est pour quoi, tout Mancagne, que tu le saches ou non, épargne pour parer à une éventuelle surprise qui pourrait survenir dans sa famille », indique Célestin. Qui étaye son propos, « si on n’organise pas des funérailles dignes de ce nom pour sa mère ou son père, on risque de les rejoindre dans l’au-delà, les jours suivants. D’ailleurs, en se rendant dans d’autres cérémonies funéraires, si tu y manges ou même y touches un brin d’allumette tu meurs. Car, tu as reçu la colère des défunts qui ne sont pas du tout satisfaits de toi là où ils sont », selon ce jeune Mancagne, étudiant à l’université de Ziguinchor. « C’est pourquoi, le Mancagne tient beaucoup aux funérailles de ses défunts », poursuit Célestin. D’après Théophile, habitant de Néma, un quartier peuplé essentiellement de Mancagne, « la particularité des Mancagne, une ethnie présente également en Guinée Bissau, chaque proche de la famille participe aux funérailles, soit par une somme d’argent, quelques litres de vin de palme, un ou deux porcs. A défaut, l’on peut offrir du riz ou du mil », indique-t-il. Cependant, les funérailles varient d’une famille à l’autre. Par contre, chez les Balante animistes, installés le long de la frontière sénégalo-bissau-guinéenne, les funérailles se font sur les biens du défunt ou de la défunte. « Son grenier est vidé et ses bœufs immolés. Et, les jeunes qui portent le deuil, sont chargés de la récolte du vin de palme pour les invités, les proches et les amis », explique Alphonse Mané, Balante converti à l’islam. Il ajoute, qu’avant l’inhumation, le corps du défunt est enveloppé dans un tissu traditionnel très coûteux. Et M. Mané de revenir sur certaines exigences que l’on doit inéluctablement accomplir. « Étant musulman, je suis obligé de respecter la tradition léguée par mes anciens, sinon, je serai puni et par ma famille et par le défunt. Pour dire que le décès est un moment très difficile pour les familles en Casamance, surtout pour celles qui n’ont pas de grands moyens. Hormis, les pratiques religieuses, suivent les pratiques mondaines. Qui sont devenues une obligation pour toutes les ethnies et religions de tout bord », indique-t-il.

Pour ce prêcheur musulman, Dieu n’oblige personne à faire certaines choses, s’il n’en a pas les moyens. Tout ce qui est fait après la prière mortuaire, à part la lecture du Coran, c’est que des mondanités. C’est le même constat dans la religion chrétienne. Abbé Jean Alphonse Coly, interpellé sur la question des gaspillages dans les funérailles, indiquera que « l’église bannit toute forme de gaspillage dans les cérémonies funéraires. Et tout ce qui se passe après l’enterrement, n’est que gaspillages et mondanités qui n’honorent pas la religion », conclut-il.

Amine Sagna

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